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«Nous espérons un changement politique»

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Au Brésil, la campagne présidentielle est suivie de près par les peuples autochtones, dont la situation s’est détériorée sous le président Jair Bolsonaro. Non seulement ils subissent une déforestation toujours plus importante mais sont aussi de plus en plus victimes d’attaques meurtrières. C’est le cas du peuple des Guajajara qui vivent dans l’État du Maranao, en Amazonie. L’un de leurs dirigeants, Olimpio Guajajara, dirigeant du groupe Les Gardiens de la Forêt, était ces jours-ci en tournée européenne pour sensibiliser l’opinion internationale à la situation des peuples indigènes. 

RFI : Pourriez-vous nous expliquer en quoi consiste votre travail de « gardien de la forêt » ?

Olimpio Guajajara : En vérité, cela fait plus de 500 ans que nous faisons ce travail de protection de nos terres. Depuis l’arrivée des colons en 1500. Mais officiellement, ce groupe a été créé en 2013. Notre peuple, les Guajajara, vit sur le territoire autochtone Arariboia, qui s’étend sur 413 288 hectares : cela équivaut à 13 fois la superficie de l’État de São Paulo. Nous sommes presque 17 000 autochtones à vivre sur ce territoire, y compris 60 personnes environ qui vivent totalement isolées et ne souhaitent entrer en contact avec personne. C’est leur droit le plus absolu et notre travail consiste aussi à faire en sorte que ce droit soit respecté. Nous sommes 102 gardiens de la forêt, répartis en plusieurs régions. Nous faisons des patrouilles, nous sécurisons les entrées dans notre territoire et nous détruisons aussi le matériel des bucherons illégaux. En fait, je me considère comme un défenseur de notre planète et de notre humanité.

Votre engagement comporte des risques, des risques mortels. Nous venons d’apprendre la mort d’un membre de votre peuple, il a été assassiné. Sait-on par qui et pourquoi ? 

Nous avons déjà perdu six gardiens de la forêt au cours des 10 dernières années. Ils ont été assassinés. Pourquoi ? Parce que nous luttons contre les crimes commis contre ceux qui vivent isolés. Les auteurs de ces crimes, ce sont des bucherons et même certains hommes politiques locaux qui travaillent aussi dans l’exploitation forestière illégale. Et l’actuel gouvernement, celui de Jair Bolsonaro, est aussi responsable, car il favorise, par sa politique de soutien à la déforestation, les violences commises sur notre territoire.

Pour l’instant, aucun de ces meurtres n’a été jugé, sauf dans un cas, où un procès est prévu    

Pour la première fois, les assassins présumés d’un gardien de la forêt, Paulo Paulino Guajajara, tué il y a trois ans, vont faire face à un procès. Ce sera sous la forme d’un jury populaire. Tous les autres assassins courent encore librement. Mais nous n’avons pas encore de date pour la tenue de ce procès. Ils veulent nous achever par épuisement. Mais on ne va pas baisser les bras. C’est pour cela que je suis venu ici en Europe pour souligner toutes ces violations de la loi et l’absence de l’État brésilien dans les territoires autochtones.

Donc, pour faire pression sur le gouvernement brésilien, vous comptez avant tout sur l’opinion publique internationale, et aussi sur un changement de gouvernement au Brésil avec l’élection présidentielle prévue dans moins de deux semaines, un scrutin que l’ancien président Lula pourrait bien remporter, selon les sondages ?

Oui, nous espérons un changement politique. Et nous avons effectivement un peu d’espoir. Si Lula remporte les élections, nous pourrons au moins – j’espère- établir un dialogue avec le gouvernement. De faire en sorte qu’il nous écoute. Je sais que Lula ne changerait pas tout, il n’augmentera certainement pas le nombre de territoires autochtones protégés. Vous savez, lorsqu’il a été président, il s’est attaqué lui aussi aux territoires autochtones. C’est sous son gouvernement que la construction du barrage Belo Monte dans l’État du Para a été décidé. Mais au moins son gouvernement ne s’est pas publiquement affiché comme un ennemi des peuples autochtones.

Alors, qui défend vos intérêts au niveau politique ?

Personne. Nous sommes les seuls à les défendre. Il y a des candidats et candidates autochtones mais ils ne vivent plus ici, ils vivent dans les grandes villes et se sont engagés dans les partis politiques. C’est le cas de Sonia Guajajara par exemple qui vit à Sao Paulo (et qui est candidate à un mandat de député fédéral, NDLR). Mais elle utilise le mouvement autochtone pour sa carrière politique. Jamais un député n’a défendu nos intérêts et nos droits. Des droits pourtant inscrits dans la Constitution.

Est-ce que vous continuerez donc à défendre, au péril de votre vie

Oui. On ne baissera jamais les bras. Nous faisons notre part dans la protection de la forêt, une forêt essentielle pour l’humanité. Nous continuerons à faire ce travail malgré les menaces politiques et physiques. Moi, par exemple, je ne peux plus aller dans certains villages de la région par crainte d’être tué. Mais on continue, pour le futur de notre planète et de nos enfants.

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