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Mbappé, le statut de la liberté / Ligue des nations / Gr. A / France-Autriche (2-0) / SOFOOT.com

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Buteur face à l’Autriche jeudi soir, l’attaquant du PSG a surtout retrouvé un rôle plus libre qu’en club dans la structure tricolore et a livré une rencontre complète grâce à des coéquipiers qui l’ont parfaitement accompagné dans ses idées. Décryptage.


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Ce n’est jamais tout à fait par hasard ou pour ne rien dire que Kylian Mbappé choisit de venir se pointer face à la presse après un match, chez les Bleus comme au PSG. Jeudi soir, plus d’une heure après le coup de sifflet final d’une rencontre remportée sans trembler par l’équipe de France contre l’Autriche (2-0) dans laquelle il a été le premier buteur et le principal créateur, le numéro 10 tricolore a donc débarqué en zone mixte et, un peu plus de trois minutes plus tard, plusieurs questions filantes, dont une sur la sensation des observateurs de l’avoir vu un poil plus libéré que depuis le début de saison dans ses prises de balle et ses appels, ont suffi. La réponse de Mbappé a été claire, nette et précise : « Oui, je joue différemment. On me demande d’autres choses ici par rapport à mon club. J’ai beaucoup plus de liberté. Le coach sait qu’il y a un numéro 9 comme Olive, qui occupe les défenses et que moi, je peux me balader et aller dans l’espace. À Paris, c’est différent. Il n’y a pas ça. On me demande de faire le pivot. » Un message envoyé au PSG, bien sûr, mais aussi le dessein d’un idéal : celui de ne pas être enfermé dans un rôle et d’être un offensif total.

Des stats multipliées

Face à une Autriche accrocheuse, mais rapidement dominée au milieu d’un Stade de France blindé, Kylian Mbappé a vite été un casse-tête pour les hommes de Ralf Rangnick. « J’ose dire que s’il avait joué pour nous, ça n’aurait pas été le même match » , a même souri le technicien allemand après la deuxième défaite consécutive de sa troupe. Certains chiffres sont parlants pour illustrer l’omniprésence du joueur du PSG, qui a, au passage, fait son entrée dans le top 10 des meilleurs buteurs de l’histoire des Bleus avec 28 réalisations. En un peu plus de 90 minutes sur le gazon, lors desquelles on ne l’a jamais vu cessé de se balader, Mbappé a touché 87 ballons, soit un de moins qu’Aurélien Tchouaméni et le troisième plus haut total du soir parmi les joueurs couchés sur la feuille de match, mais surtout bien plus que depuis le début de saison où, toutes compétitions confondues, le Parisien touche en moyenne un peu moins de 60 ballons par rencontre. Tout au long de la soirée, Kylian Mbappé a fait grimper ses statistiques individuelles : sept tirs tentés (trois cadrés, un but) ; quatorze dribbles tentés (pour sept réussis, soit autant que face à la Belgique en demi-finales du Mondial 2018) là où il en tente en moyenne moitié moins depuis le début de saison avec le PSG ; trois passes clés – personne n’a fait mieux au cours de la soirée – contre 1,29 par match en moyenne depuis le mois d’août en club. Le contexte et les adversaires sont différents, mais ces écarts accompagnent aussi le rôle plus libre en sélection avancé par Mbappé.


Map des 87 ballons touchés par Kylian Mbappé face à l’Autriche (Whoscored).

Au déclenchement plus qu’à l’accompagnement

Posé aux côtés d’Olivier Giroud à l’avant d’un 3-4-1-2 réinstallé par Didier Deschamps jeudi soir, dont l’animation diffère de celle plus positionnelle qu’il connaît au PSG, Mbappé a en effet pu retrouver un rôle plus multiple, plus neymarien, dans la structure tricolore. Il a notamment eu le plaisir d’être davantage face au jeu et plus souvent dans le déclenchement du mouvement que dans son accompagnement, sa mission parisienne étant avant tout de menacer la ligne défensive adverse sans ballon pour créer des espaces de création à Messi et Neymar. Dans ce registre, lorsqu’il accepte de ne pas multiplier les touches de balle et de jouer et de s’appuyer sur sa vitesse, le joueur de 23 ans, qui a quand même déjà planté neuf fois en dix rencontres toutes compétitions confondues avec son club cette saison, est une arme inestimable. Ce match international de rentrée face à l’Autriche l’a de nouveau prouvé, d’autant plus lorsque Kylian Mbappé, quand même parfois imprécis dans le dernier geste, trouve à ses côtés un relais de la trempe d’Olivier Giroud et des joueurs, Benoît Badiashile et Youssouf Fofana notamment, capables d’accompagner ses idées. Ainsi, l’attaquant parisien a déballé toutes les versions de son jeu et a fait voler les cases.


On l’a vu venir apporter du liant entre les lignes, comme sur cette situation où, trouvé par Griezmann entre les deux milieux axiaux autrichiens, il va remiser vers un Tchouaméni face au jeu et en situation de frapper.


On l’a ensuite vu venir décrocher du demi-espace gauche – sa zone – pour être trouvé par Badiashile avec de l’espace dans son dos…


… et dynamiter ensuite la défense autrichienne en puissance…


… en vitesse…


… avant de trouver Fofana devant la surface. Ce mouvement collectif va se boucler côté droit et dans l’axe avec une frappe contrée de Griezmann.


On l’a aussi vu s’appuyer sur Giroud une première fois en première période sur une situation où il va ensuite rater sa conduite de balle.


Une nouvelle fois en seconde où, trouvé par Badiashile…


… il va pouvoir se retourner et s’appuyer sur le 9 bleu. Sa passe sera trop appuyée.


Troisième situation similaire à l’heure de jeu : cette fois touché par Tchouaméni, Mbappé, dans une position à la Neymar, va de nouveau enrhumer un central autrichien…

… en s’appuyant sur Giroud en une touche…


… remise parfaite dans la course de Mbappé…


… mais passe ensuite de nouveau mal appuyée.


Enfin, on l’a aussi vu partir de plus bas dans des situations où ses décrochages ont été intelligemment compensés par Fofana…


… et dynamiter subtilement la structure adversaire avec cette passe pour Griezmann, qui va ensuite décaler Clauss en position de frappe.

Face à l’Autriche, Mbappé, qui a été une cible fréquente pour un Badiashile audacieux à la construction et un outil pour piquer dans la profondeur via les ouvertures de Tchouaméni, a été de tous les mouvements dangereux français et s’est parfaitement associé avec ses compères offensifs (10 ballons reçus de Griezmann, 7 donnés en échange ; 7 donnés à Giroud contre 6 reçus). Bien sûr, sa liberté a aussi des conséquences. Une individuelle, d’abord, le Parisien, buteur sur un rush en solo, pouvant parfois en abuser en voulant se lancer dans une série de dribbles (2e, 41e), alors qu’il n’est jamais aussi destructeur que lorsqu’il s’astreint à la simplicité. Une collective, ensuite, sa liberté marchant jeudi soir sur l’expression offensive de Ferland Mendy, ce que Didier Deschamps n’a pas nié. À deux mois du Mondial au Qatar, voilà surtout le sélectionneur face à un autre débat à trancher : pour s’associer à son arme offensive la plus complète, pourra-t-il se passer d’un Giroud aussi précieux ? Par sa prestation, Kylian Mbappé, que Christophe Galtier voulait à l’origine utiliser aux côtés d’un « point de référence dans la surface de réparation » que le PSG n’a jamais trouvé, a en tout cas filé quelques arguments supplémentaires en faveur du contraire. Il a aussi rappelé une chose : lui veut être au centre de l’attention, en club comme en sélection, où il a enfilé cette semaine le costume du patron sur le terrain et en dehors, poussant la FFF, avec le soutien de ses partenaires, à entamer un rétropédalage sur la convention sur les droits à l’image des Bleus. « Toute l’équipe voulait ça, a-t-il insisté en zone mixte. Après, ça ne me dérange pas d’être sur le devant de la scène si c’est bénéfique pour mes coéquipiers. Me faire critiquer ne changera pas ma manière de jouer et de vivre. » Libre, on disait.

Par Maxime Brigand et Clément Gavard, au Stade de France
Propos de Kylian Mbappé recueillis par CG

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