Art

Poser un nouveau regard sur le milieu psychiatrique grâce aux musées hospitaliers

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Une collection muséale entre les murs d’un hôpital

Si le musée hospitalier de Sainte-Anne existe depuis longtemps, il a été traversé par nombre d’épisodes de construction et de déconstruction, jusqu’à recevoir en 2016 la protection de l’Etat et devenir Musée de France. La collection est dorénavant inaliénable et non plus sujette à la dispersion de ses œuvres. Une décision qui est chère à Anne-Marie Dubois, chargée de cette collection depuis plus de vingt ans.

L’inaliénabilité est une chose fondamentale pour moi.Anne-Marie Dubois

Au sein de cette collection, on y découvre des œuvres picturales, essentiellement sur papier ou sur toiles, et quelques sculptures.

Ce ne sont pas du tout des documents historiques. On n’y voit pas de vieux appareils à électrochocs ou des camisoles de force du XIXᵉ siècle.” Anne-Marie Dubois

Des œuvres d’art réalisées spontanément ou en atelier

Au contraire, ces œuvres d’art sont des productions artistiques de personnes qui ont été malades ou qui ont des liens avec l’art et la psychiatrie. Parmi les plus anciennes œuvres de la collection, on trouve celles du docteur Gachet, interne en médecine à la Salpêtrière, bien avant qu’il ne rencontre Vincent Van Gogh.

Son rêve n’était pas d’être médecin mais d’être peintre. Nous avons hérité par exemple de ces croquis, des portraits de femmes qu’il appelle ‘portrait de folles’.Anne-Marie Dubois

Croquis de Folles (Salpêtrière) de Paul Ferdinand Gachet 1828 - 1909) Crayon et gouache sur papier
Croquis de Folles (Salpêtrière) de Paul Ferdinand Gachet 1828 – 1909) Crayon et gouache sur papier

– © Dominique Baliko

Ce musée, comme tout Musée de France, développe par ailleurs une politique d’acquisition de nouvelles œuvres. Ainsi, des œuvres contemporaines d’artistes extérieurs, invités dans le cadre des expositions temporaires, peuvent également rejoindre la collection.

Nous choisissons des artistes dont l’œuvre correspond au thème des expositions.Anne-Marie Dubois

La légitimité de ces œuvres à entrer dans l’histoire de l’art

Bien que les œuvres réalisées par des malades soient souvent associées à l’art brut, Anne-Marie Dubois souligne qu’il n’existe aucune correspondance directe entre l’art brut et l’art réalisé par des personnes malades.

Ce raccourci proviendrait de l’héritage de Jean Dubuffet qui, au début du XXème siècle, a recueilli une partie de sa collection dans les hôpitaux psychiatriques d’Europe.

L’art brut n’est même pas un style artistique, c’est un concept défini par Dubuffet qui peut se résumer ainsi : ce sont des œuvres éloignées de toute influence culturelle ou artistique.Anne-Marie Dubois

Or les œuvres réalisées par des malades ne peuvent en aucun cas subir cette réduction abusive et certaines œuvres ont été réalisées par des patients lors de brefs séjours à l’hôpital. Parallèlement au fond muséal, un centre de documentation accueille des chercheurs de différentes disciplines. Leurs précieux documents, sur les artistes de la collection et le contexte de leur réalisation, révèlent alors la richesse du musée d’art et d’histoire de l’hôpital Sainte-Anne, et la nécessité des musées hospitaliers.

Exposition
Exposition “Corinne Deville, 1930-2021. Vivre en peinture” au MAHHSA

– ©Yvon Meyer

À voir :

– Le musée d’art et d’histoire de l’hôpital Sainte-Anne est ouvert au public. La collection est également visible en ligne.
– L’exposition “Corinne Deville 1930 – 2021. Vivre en peinture” se visite jusqu’au 29 janvier 2023.

À lire :

Le catalogue de l’exposition “Corinne Deville 1930 – 2021. Vivre en peinture” d’Anne-Marie Dubois, responsable scientifique, et Margaux Pisteur, chargée de collection au Musée d’Art et d’Histoire de l’Hôpital Sainte-Anne est à retrouver sur le site du MAHHSA

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