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Incipit – COVID-19 | Plongée touchante dans la pandémie

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Le musée McCord Stewart présente l’expo Incipit – COVID-19 qui découle d’une commande passée en 2020 au photographe Michel Huneault afin de documenter la première vague de la pandémie à Montréal. En résultent 150 images, sensibles, représentatives, émouvantes, qui parlent de nous : confinés, hospitalisés, rescapés, personnel hospitalier, membres des forces armées. Sans oublier toutes celles et tous ceux malheureusement tombés au combat…

Publié hier à 8h00

Éric Clément

Éric Clément
La Presse

Une infirmière est penchée sur le lit d’un patient dans un hôpital. Tout en tenant sa main, elle chantonne doucement près de lui. Cet homme est son grand-père. Il est en train de succomber à la COVID-19.

Cette scène émouvante, qui donne des frissons, est un grand moment de la visite de l’exposition Incipit – COVID-19. On ne peut en reproduire l’image. Comme pour d’autres photographies prises par Michel Huneault dans le cadre de ce projet, le musée et l’artiste ont voulu éviter que celles ayant un caractère très privé ne soient diffusées dans les médias ou les réseaux sociaux. Par respect pour les familles.


PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE

Vue de l’exposition

Le visiteur de l’exposition appréciera ainsi sur place combien ce travail de documentation rend bien compte de ce que nous avons vécu durant la première vague de la COVID-19. Le confinement, les frustrations, les sacrifices, les élans de solidarité, les efforts pour atténuer les souffrances et écourter la pandémie, la résilience collective. Seules manquent dans l’exposition les démonstrations d’impatience et de désaccord.

Michel Huneault était au Japon quand la maladie est apparue. Il travaillait sur un autre volet de son corpus sur les impacts du tsunami de 2011. Rapatrié à temps au Québec le 23 mars 2020, il a découvert une province complètement confinée. « Le clash a été incroyable, se rappelle-t-il, car la veille, j’avais dit au revoir à mes amis japonais, dans un restaurant, tous collés, partageant la nourriture avec nos baguettes, les hugs, etc. ! À l’arrivée à Montréal, c’était vide partout. »

Confiné, le photographe a reçu un courriel d’Hélène Samson, alors conservatrice de la photographie au musée. Elle lui a proposé de documenter la pandémie.


PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE

Michel Huneault

C’était un mandat énorme. Peu précis, donc stressant. D’autant que je pensais qu’il fallait documenter les signes de la maladie le plus vite possible, au cas où elle disparaîtrait vite ! On ne savait pas que c’était juste la première vague. D’où le titre de l’expo, l’incipit étant les premières notes d’une œuvre musicale ou les premières pages d’un roman.

Michel Huneault

Michel Huneault a pris ses premiers clichés le 7 avril 2020, à l’issue de sa quarantaine. Il a terminé sa mission en juillet, alors que les lits se libéraient et que les rassemblements publics réapparaissaient. Le reportage au sein des établissements hospitaliers a été réalisé durant 20 jours non consécutifs, entre le 8 mai et le 22 juin 2020 au sein de l’hôpital de Verdun, de l’hôpital Notre-Dame et du Centre hospitalier gériatrique Maimonides, à Côte-Saint-Luc. Un travail plutôt exceptionnel, car le milieu hospitalier québécois est en général très fermé aux reportages photographiques. Pour des raisons éthiques, sanitaires et de protection de la vie privée.

Quelques œuvres de Michel Huneault

  • Annexe temporaire, hôpital de Verdun, Montréal, 29 mai 2020

    PHOTO MICHEL HUNEAULT, FOURNIE PAR L’ARTISTE

    Annexe temporaire, hôpital de Verdun, Montréal, 29 mai 2020

  • Salle d’attente, hôpital de Verdun, Montréal, 14 mai 2020

    PHOTO MICHEL HUNEAULT, FOURNIE PAR LE MUSÉE MCCORD STEWART

    Salle d’attente, hôpital de Verdun, Montréal, 14 mai 2020

  • File d’attente au Costco d’Anjou, Montréal, 10 avril 2020

    PHOTO MICHEL HUNEAULT, FOURNIE PAR LE MUSÉE

    File d’attente au Costco d’Anjou, Montréal, 10 avril 2020

  • Unité de soins intensifs temporaire pour patients atteints de la COVID-19, hôpital Notre-Dame, Montréal, 26 mai 2020

    PHOTO MICHEL HUNEAULT, FOURNIE PAR LE MUSÉE

    Unité de soins intensifs temporaire pour patients atteints de la COVID-19, hôpital Notre-Dame, Montréal, 26 mai 2020

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Mais les trois établissements de santé ont fait confiance au photographe expérimenté, ce qui donne des résultats assez remarquables. Sur le travail des médecins, des infirmières et des préposés aux bénéficiaires. Et sur le drame des personnes contaminées, notamment – et surtout – les plus âgées. On trouve aussi dans l’exposition des images sur ce Montréal qu’on n’avait jamais connu. Des rues désertées en plein jour, des parcs barricadés, des plastiques protecteurs dans les commerces, des files d’attente dans les supermarchés, jusqu’aux paniers de basketball condamnés.

L’expo comprend aussi des portraits de Montréalais qui résument nos états d’esprit durant la première vague. Certains sont empreints de gravité. Ils auraient pu être pris avant la pandémie. Pourtant, on sent chez ces personnes, ces couples, ces enfants, une tension, un recueillement ou encore cet espoir de s’en sortir.


PHOTO MICHEL HUNEAULT, FOURNIE PAR L’ARTISTE

Portrait anonyme, printemps-été 2020

À côté des portraits, Michel Huneault a placé des lettres, des messages que des personnes anonymes ont écrits durant la première vague, exprimant leurs ressentis. Des témoignages éloquents.


PHOTO MICHEL HUNEAULT, FOURNIE PAR L’ARTISTE

Témoignage anonyme, printemps-été 2020

Cette exposition fera l’objet, ce mercredi à 18 h au musée, d’une table ronde autour du travail documentaire de Michel Huneault.

Depuis ce projet, Michel Huneault a changé son angle de prise de vue sur les comportements humains. Il s’est intéressé aux conséquences des changements climatiques. Son corpus intitulé Péninsule sera présenté au Musée de la Gaspésie, à partir du 20 octobre. Il a été en résidence artistique, en juin et juillet derniers, au Pays basque, grâce au centre de création numérique Topo. En découleront, début 2023, une œuvre en ligne et une expo en salle, sur le thème de la frontière. Enfin, le dernier élément vidéographique de son corpus japonais, Vertige : 10 nouveaux murs de Tohoku, sera diffusé à la galerie Pierre-François Ouellette, dès le 19 novembre. Un automne très occupé donc pour Michel Huneault… avant qu’il ne retourne au Japon en mars prochain.

Incipit – COVID-19, au musée McCord Stewart, au 690, rue Sherbrooke Ouest, à Montréal, jusqu’au 22 janvier

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