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“Il devait avoir 4 ans. J’ai vu son corps de petit écolier sur le ventre, sa tête coupée à côté de son cartable”

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À l’occasion de la sortie de son livre “Maxime Blasco. Vie et mort d’un soldat d’élite” sur le soldat Maxime Blasco, tué au Mali il y a un an,Dorothée Olliéric revient pour Yahoo sur sa carrière exceptionnelle de grand reporter.

Cela fait trente ans qu’elle parcourt le monde pour en raconter les événements les plus violents, les plus complexes aussi. Dorothée Olliéric est journaliste et grand reporter pour France Télévisions, elle s’est rendue au Cambodge, en Afghanistan, au Kosovo, et plus récemment en Ukraine. Elle vient de publier une biographie d’un militaire français tombé au Mali il y a un an, “Maxime Blasco. Vie et mort d’un soldat d’élite”. Pour Yahoo, elle se confie sur son métier hors du commun et revient sur les épisodes qui ont marqué sa carrière de correspondante de guerre.

Baptême du feu au Rwanda

En 1994, elle est envoyée au Rwanda, où se déroule le génocide des Tutsi. Elle a 26 ans. “Pour la première fois, je vois des morts. Et je vois ce qu’il y a de pire au monde, le pire de l’humanité, des enfants en morceaux…” La jeune reporter de guerre se sent alors renforcée dans sa vocation de “témoigner”. Tout au long de sa carrière, elle couvrira de nombreux conflits et des guerres civiles, avec toujours ce “besoin viscéral d’être là où ça se passe, là où l’Histoire est en train de s’écrire”. Et ce malgré certaines images qui la hantent encore, comme le corps sans vie d’un enfant de 4/5 ans, sur une route vers Brazzaville, “la tête coupée à côté de son cartable d’écolier”.

“Avant de partir je dis à mes enfants que je les aime, au cas où je ne reviendrais pas”

La journaliste se livre aussi sur ce métier qui fait côtoyer la mort, et se remémore une arrestation particulièrement éprouvante, le 17 août 2013 au Caire. Elle et son équipe sont arrêtées, leurs yeux bandés, et sont emmenées dans un terrain vague. Elle entend le cliquetis des armes que l’on charge.

Persuadée que son dernière heure est arrivée, Dorothée Olliéric reste calme. “Quitte à mourir, autant mourir dignement”, lâche-t-elle. Elle se rappelle avoir pensé à ses enfants, mais aussi à des détails triviaux, comme les fournitures scolaires à acheter pour la rentrée de son fils en sixième, que son conjoint allait devoir acheter à sa place. “On n’imagine pas, au moment où l’on va mourir, penser à des choses pareilles”. Une réaction de maman pour celle qui avoue avoir un rituel avec ses enfants depuis qu’ils sont tout petits : “Avant de partir en mission, je dis à mes enfants que je les aime. Parce que je me dis : “Et si je ne revenais pas ?””

Une femme parmi tant d’hommes

Envoyée spéciale en zone de guerre, Dorothée Olliéric se souvient d’avoir “été la seule femme pendant très longtemps”, parmi les militaires, les politiques. “Je ne me suis jamais sentie mal”, dit-elle, en dépit de l’étonnement ou l’incompréhension qu’elle pouvait observer chez les soldats qui l’entouraient.

En revanche, la grand reporter décrit “l’ambivalence” des hommes politiques, en Afrique, “qui pouvaient être un petit peu lourds”. Il y a 25 ans, un ministre du Togo tente de l’agresser sexuellement, alors qu’elle travaille, et qu’ils sont dans sa résidence. “Il tente de m’embrasser de force, je me débats, je crie, je pleure… j’étais choquée”. À l’époque, on est bien loin du mouvement de libération de la parole des femmes. “Les gens rigolaient à ce genre d’histoire”, se souvient-elle. “Quand je l’ai racontée, on m’a dit : mais enfin, c’est normal, s’il ne t’avait pas agressée, ça voudrait dire que tu n’es pas jolie”.

Un hommage au tireur d’élite Maxime Blasco

La correspondante de guerre a souhaité à travers ce livre rendre hommage à Maxime Blasco, militaire mort à 34 ans lors d’une opération spéciale au Mali. Elle l’avait rencontré en 2020, lors du tournage d’un documentaire.

Le tireur d’élite, membre du 7e bataillon de chasseurs alpins de Varces (Isère), avait déjà été décoré plusieurs fois pour “actes de bravoure”, dont le sauvetage de deux de ses camarades lors d’un crash d’hélicoptère en juin 2019. Blessé, “il va trouver la force physique et mentale pour traîner le pilote et le chef de bord hors de la machine”, raconte Dorothée Olliéric, saluant sons héroïsme. Deux ans plus tard, Maxime Blasco va cette fois tomber sous les balles ennemis. C’était sa septième “Opex” au Mali.

Retrouvez l’intégralité de l’interview de Dorothée Olliéric :

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